Langues à déclinaison
La déclinaison n'est ni une survivance ni une rareté. Elle est répandue sur tous les continents, et les langues sans cas comme le français ou l'anglais moderne constituent plutôt l'exception dans leur propre famille.
Langues slaves
Le russe emploie six cas, le polonais et le tchèque sept, le serbo-croate sept. Ils s'appliquent aux noms, aux adjectifs, aux pronoms et aux numéraux, avec des séries différentes selon le genre et l'animation : en russe, l'accusatif d'un masculin animé se confond avec le génitif, celui d'un inanimé avec le nominatif. Ces langues combinent la déclinaison avec un système verbal aspectuel complexe, ce qui les rend réputées difficiles pour un francophone.
Langues finno-ougriennes
Le finnois compte 15 cas, le hongrois une vingtaine, l'estonien 14. La majorité sont des cas locaux exprimant l'intérieur, la surface, l'approche ou l'éloignement : le finnois distingue être dans, aller dans, venir de l'intérieur, et les trois équivalents pour une surface. Ces langues sont agglutinantes, les marques s'ajoutant les unes aux autres sans fusionner, ce qui rend le système plus régulier qu'il n'y paraît.
Langues indo-iraniennes et caucasiennes
Le sanskrit possédait huit cas, dont les langues indiennes modernes ont conservé des systèmes réduits. Les langues du Caucase du Nord vont beaucoup plus loin : le tabassaran, parlé au Daghestan, est régulièrement cité pour son nombre de cas, plusieurs dizaines selon les analyses, presque tous locatifs.
Ergativité
Toutes les langues à cas ne répartissent pas les fonctions de la même manière. Les langues accusatives, comme le latin, marquent identiquement le sujet d'un verbe transitif et celui d'un verbe intransitif. Les langues ergatives, comme le basque ou le géorgien, marquent au contraire identiquement l'objet du transitif et le sujet de l'intransitif, et réservent une marque propre à l'agent. Ce découpage, contre-intuitif pour un européen, est parfaitement cohérent.
Disparition et apparition
L'anglais a perdu ses cas entre le vieil et le moyen anglais, ne conservant que le génitif en s et une déclinaison résiduelle des pronoms. À l'inverse, le roumain a maintenu un système à trois cas là où les autres langues romanes l'ont abandonné. Les créoles, langues jeunes, n'en développent pratiquement jamais, ce qui suggère que le phénomène demande une longue stabilité pour s'installer.